Denoël, coll. Denoël & d’ailleurs

Genre : drame

Infos : 2015 – V. O. : The Paying Guests – Trad. : Alain Defossé – 700 p. - 24€90 – ISBN : 978-2-207-11896-2

 

 

RESUME :

comment acheter du bitcoin Angleterre, 1922. La guerre a laissé un monde sans hommes. Frances, vingt-six ans, promise à un avenir de vieille fille revêche, habite une grande maison dans une banlieue paisible de Londres avec sa mère. Pour payer leurs dettes, elles doivent sous-louer un étage. L’arrivée de Lilian et de Leonard Barber, tout juste mariés, va bousculer leurs habitudes mais aussi leur sens des convenances. Frances découvre, inquiète et fascinée, le mode de vie des nouveaux arrivants : rires, éclats de voix, musique du gramophone fusent à tous les étages.

 

 

MON AVIS :

Après avoir découvert Sarah Waters dans sa veine gothique avec L'indésirable, je la retrouve dans un drame atypique et classique à la fois. Derrière la porte nous raconte l’histoire d’une mère et de sa fille vivant dans une grande maison de banlieue devenue trop chère pour elles suite à la mort d’un père et mari ayant dilapidé la fortune familiale, ce dans le Londres des années 20. Les deux femmes se résoudront à l’idée de prendre des locataires qui viendront envahir leur espace en échange d’un peu d’argent pour payer les dettes du défunt. Un jeune couple emménage. Au départ, les relations entre les quatre habitants de la demeure sont bizarres, civiles mais empruntées. Cependant, la jeune mariée se lie d'amitié avec sa logeuse et les deux femmes trouveront quelques avantages à une situation au début gênante…

 

Olymp Trade apk télécharger pour android Et c'est là que j'arrêterai de vous raconter l'histoire de Derrière la porte. Malheureusement, l'éditeur a décidé d'en dire plus, beaucoup plus, sur la quatrième de couverture, dévoilant à celui qui a le malheur de la lire plus des deux tiers du roman. Heureusement que ce roman a été écrit par la plume délicate et envoûtante d'une Sarah Waters qui arrive à emporter son lecteur au plus loin de son récit, sans cela j'avoue que l'intrigue principale ici trop déflorée m'aurait découragée de la lecture de ce récit féminin, féministe et troublant.

 

C'est que malgré ses 700 pages, Derrière la porte se laisse lire tout seul, les mots de Sarah Waters nous plongeant directement dans un récit calme qui deviendra de plus en plus mouvementé. Entre le passé de Frances, la jeune logeuse, qui se dévoile peu à peu et la véritable personnalité de la nouvellement mariée et amie Lilian, qui se cache derrière les convenance d'une Angleterre hésitant entre tradition et modernité, le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer, là où l'histoire n'avance pourtant pas rapidement. Paradoxe intéressant qui se fait oublier au fur et à mesure que l'on se laisse happer par le récit. C'est ainsi que l'on se trouve à espionner les vies de ces deux femmes derrière la porte de leurs intimités. Et que nous aimons ça, alors que nous devenons de plus en plus voyeurs, avant d'être témoins du pire comme du meilleur…

 

Derrière la porte est donc un roman qui se construit tel un drame classique à l'aide d'une plume et d'idées tout ce qu'il y a de plus modernes. Ce roman cache bien son jeu derrière des apparences sages et convenues, il révélera bien vite son vrai visage et toute la tension qui nous empêchera de le refermer…

 

 

Autre roman de l'auteur sur ce blog:

L'indésirable

 

 

Denoël, coll. Lunes d'Encre / Gallimard, coll. Folio SF

Genre : science-fiction

Infos : 2015 (1998) – V. O. : The Extremes – Trad. : Thomas Bauduret – 488 p. - 9 € - ISBN : 978-2-07-046429-6

 

 

RESUME :

Olymp Trade apk télécharger Teresa Simons, jeune enquêtrice du FBI, a suivi la formation aux sessions ExEx — aussi appelées les « extrêmes » — , ces mondes virtuels violents et ultraréalistes reconstituant à la perfection des situations de crise ayant réellement existé afin de former les nouveaux agents.

Mais depuis qu'Andy, son mari, est mort dans une intervention qui a mal tourné, Teresa ne parvient plus à s'extraire de la virtualité et s'enfonce peu à peu dans ses souvenirs. Elle décide de se rendre à Bulverton, dans le sud de l'Angleterre, où le jour de la mort de son mari eut lieu un terrible massacre. C'est là, au sein d'une petite communauté traumatisée, que Teresa va découvrir ce qu'impliquent réellement les « extrêmes »…

 

 

MON AVIS :

Comment exorciser un événement qui nous a marqué quand on est un auteur ? En l'intégrant à un livre. C'est ce que nous apprend la postface des Extrêmes, écrite par Christopher Priest lui-même. Et, une fois n'est pas coutume, j'aurais voulu l'avoir en préface, cette explication sur les origines du roman. Car elle permet de lire celui-ci autrement, de comprendre pourquoi Priest semble délaisser son jeu de faux-semblants habituel pour nous plonger dans un récit revêtant les apparences de ses autres écrits mais s'aventurant dans un tout autre terrain, celui de la douleur, de la perte et du deuil.

 

Teresa Simons est veuve. C'est la seule manière de parler de cette femme qui vit depuis quelque temps uniquement dans la douleur de la perte de son mari dans une mission. Elle ne sait comment gérer cette mort, prend un congé de son travail au FBI et part en Angleterre, dans une ville elle aussi en deuil, afin de comprendre l'incompréhensible.

 

Cependant, dans le monde de Teresa, un élément rend les choses à la fois plus faciles et plus difficiles : les sessions ExEx, réalités virtuelles plongeant intégralement les personnes dans le corps de « protagonistes » d'un événement, ce qui leur permet de l'étudier sous tous ses angles et de le expérimenter intensément, différemment. Revivre les choses peut permettre de les comprendre. Mais ça finit aussi par empêcher les gens de les laisser derrière eux.

 

Tout commence comme un roman de Christopher Priest habituel, par une dualité étrange et une expérience flirtant avec la folie, la magie, l'inconnu. Cependant, l'auteur veut aller ailleurs. Il réutilise les codes qui sont devenus ceux de ses univers mais se cache derrière eux pour creuser une autre piste. Le problème étant que le lecteur éventuellement habitué à son écriture attend quelque chose qui ne viendra jamais, ce qui pourra peut-être le frustrer.

 

Ce qui serait dommage car, pour une fois, l'intérêt du roman de Priest n'est pas dans son questionnement de la réalité vécue par son personnage mais bien dans l'étude de l'impact de la perte sur les différents protagonistes. Comme l'explique l'auteur, Les Extrêmes évoque surtout un massacre incompréhensible et le besoin que ressentent ceux qui l'ont vécu de près ou de loin de l'appréhender. C'est une possibilité qu'offrent les sessions d'ExEx. Mais peut-on réellement comprendre ce qui peut pousser un homme à prendre une arme et à tuer tous ceux qui croiseront son chemin ?

 

Les Extrêmes est donc à la fois un récit typiquement priestien et une œuvre se démarquant de celles que j'avais lues précédemment de Christopher Priest. C'est un roman qui joue encore sur la dualité et le questionnement de la réalité mais qui s'intéresse à quelque chose de différent, de plus profond, de plus humain en nous.

 

Autres livres de l'auteur sur ce blog :

L'Archipel du Rêve

La fontaine pétrifiante

Le Glamour

Les Insulaires

 

 

 

 

Gallimard, coll. La Pléiade / José Corti

Genre : drame romantique / collection d'impressions / collection d'essais

Infos : in Œuvres complètes tome I, 1989 - 1447 p. - 70 € – ISBN : 978-2070111626

 

 

Après le deuxième tome des œuvres complètes de Gracq, il me fallait me frotter au premier. J'avais déjà la plupart des livres qui le composent, à part les trois dont je vous parlerai aujourd'hui.

 

 

Un beau ténébreux

 

Un homme passe l'été au bord de la mer en compagnie d'oisifs fortunés. Les amitiés se font, se défont, les intrigues amoureuses s'épanouissent mais quelque chose vient troubler le bonheur facile de ces vacances ensoleillées : un homme mystérieux, un beau ténébreux…

 

Julien Gracq nous offre ici une histoire tranquille dérivant vers un drame psychologique digne des romantiques du siècle précédant son écrit. Un beau ténébreux ressemble à un exercice de style tentant de recréer écriture et atmosphère d'un courant littéraire mort et enterré. Un exercice de style réussi car l'auteur arrive à s'emparer de l'esprit de ceux à qui il rend hommage et flirte entre désespoir et gothique avec le mal-être des grands du XIXe

 

J'avoue avoir trouvé l'histoire banale au début mais un je ne sais quoi l'habite qui lui donne une puissance étrange l'éloignant petit à petit du ridicule vers lequel aurait facilement pu verser ce roman sans le talent de son auteur. Ce n'est pas pour autant une œuvre majeure, mais c'est un hommage tout sauf honteux.

 

 

Liberté grande

 

Difficile de résumer ou de parler de ce petit recueil d'impressions qui se suivent sans se ressembler, si ce n'est dans une forme de nostalgie habitant certains d'entre eux. Je l'ai parcouru sans déplaisir mais j'avoue n'avoir rien retenu des nombreuses anecdotes qui le parcourent, j'aurais donc bien du mal à en parler, si ce n'est en disant qu'on y retrouve à plusieurs reprise l'amour et la fascination que l'auteur semble éprouver pour Venise.

 

 

 

 

 

 

Préférences

 

Préférences est aussi une collection d'écrits courts de Julien Gracq, mais ceux-ci ne sont plus quelques observations de voyageur mais bien des réflexions sur la littérature. Je les ai de ce fait trouvés beaucoup plus fascinants, en particulier le très intéressant Pourquoi la littérature respire mal. L'auteur y parle d'une chose qui m'a perturbée quand je donnais cours de français et que je me suis mise à comparer le caractère chaotique du XXe siècle et les courants littéraires ordonnés des siècles le précédant. Voici quelques morceaux choisis qui m'ont particulièrement parlé :

 

« Il est arrivé en effet à notre pays, et ceci depuis plus d'un siècle, une infortune singulière : à partir de 1830 ou 1840, il semble à tout moment incapable de dire quelle littérature il a. [...] Pendant des siècles, et jusqu'à 1840 à peu près, les grands écrivains de chaque époque, et presque tous, ont été reconnus sur-le-champ. Au tableau de sa littérature que chaque époque nous a légué, nous avons apporté des retouches ; nous n'y avons pas introduit de bouleversements. Les repères étaient solides, et quand une époque, comme il convient, s'insurgeait contre la littérature qui l'avait précédée, à tout le moins elle ne se trompait pas d'adversaire. » (p. 857)

 

« Les lecteurs lisent avec plaisir à la fois les ouvrages critiques de M. Blanchot, qui annoncent l'Apocalypse, et les romans de Mme Sagan, qui ne la manifestent pas, et, chose curieuse, ces lecteurs ce sont bien plus souvent qu'on croit les mêmes. Et il se trouve maintenant que dans cette aptitude remarquable du lecteur cultivé à lire, on dirait, dans deux registres à la fois, nous découvrons une seconde raison de l'impossibilité de trier notre littérature sur le vif : c'est que depuis plus d'un siècle maintenant la France n'a plus une littérature mais deux – presque étrangères l'une à l'autre – tout comme elle a de manière encore plus évidente deux peintures en même temps. » (p. 860)

 

« Lorsque ces deux chemins parallèles semblent un moment se couper, comme ce fut le cas curieux d'Albert Camus, on dirait qu'on voit un instant s'ouvrir la perspective de la fin d'un schisme – schisme qui partage en deux non le public, mais plutôt le goût de chaque lecteur individuel. C'est lui qui nous oblige, si nous réfléchissons bien, à passer constamment pour nos lectures, comme font les musiciens, d'une clé à une clé différente : nous en prenons conscience d'une façon brutale si par exemple nous nous posons, à propos de la littérature contemporaine, des questions comme celle-ci, tout à fait insolubles : qu'est-ce qui vaut le plus (je prends les noms un peu au hasard) : Sartre ou Jouhandeau ? Céline ou Chardonne ? Montherant ou Beckett ? Butor ou Mauriac ? » (p. 861)

 

 

Autres livres de l'auteur sur ce blog:

Autour des Sept Collines

Carnets du Grand Chemin

La Forme d'une Ville

La littérature à l'estomac

La Presqu'île

Le roi pêcheur

Lettrines

Lettrines 2

Les Eaux Etroites